24 octobre 2008
Coeur d'archi-froid
J'ai un coeur
Un coeur de pierre
Ou de métal
Qui bat de travers
Je ne fais rien comme il faut
De sentiments tordus
En tortures sucrées
Je ne suis pas une poupée sans coeur
Il est monté à l'envers, voilà tout
et les aiguilles sont cassées
Y'a du sang sur le carrelage
De la sueur sur mon front
Et mon coeur qui se déballe
L'enfoiré
Pour ceux qui se demanderaient de quoi je peux bien parler... J'ai fait un malaise hier à la taverne et depuis j'ai peur d'avoir un souffle au coeur... j'ai rendez-vous chez mon médecin demain, on verra bien...
photo "When you're strange" © Sugar Junkie
Phoenix © Sugar Junkie
Louis © Glorydoll
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21 juillet 2008
The Caterpillar and the Fool
Je me sens si sale... Ce sang qui coule de moi une fois de plus, cette douleur, je n'en veux pas. Je pue la mort et la souffrance. Je me sens sale. Souillée. Je suis un être fait de terre glaise et d'ombre qui rêve d'eau et de lumière... Je passe à nouveau des heures sous la douche, à récurer chaque centimètre carré de mon corps. Jusqu'à ce que ma peau soir rouge et irritée. Je fais des kilomètres à vélo pour m'oublier avant de rentrer m'empiffrer de chocolat. Je meurs d'ennui devant mon écran d'ordinateur au travail.
Je fais des poupées. Avec des petits bouts de rien. Des noyaux de pêches. Du papier. Des feuilles. Des bouts de ficelles. Je ferais des poupées avec ma propre chair, mon propre sang, mes cheveux, ma graisse, mes dents, si je n'avais pas claqué la porte là dessus depuis longtemps. Je fais des poupées. Je ne veux pas être une femme. Je veux être une poupée au corps lisse et froid. Je nie ce sang. Je nie ces seins, ce sexe et toute cette peau qui ne m'appartient pas. Je veux devenir l'essence de moi, un être taillé dans du verre...
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19 juin 2008
Dehors/Dedans
Dehors moi, il y a un monde bien propre. Les maisons HLM s'alignent les unes après les autres. Un rosier planté devant chacune d'elle. Des rideaux à la fenêtre. Des oiseaux dans les arbres. Le soleil qui jette une lumière ô tellement crue sur moi. Dehors moi, il y a des filles qui tiennent la main des garçons, et puis des enfants qui visent mon chien avec leurs fusils en plastique. Dehors moi, on va à la boulangerie et on respire l'odeur écoeurante du beurre. Madame Truc a perdu son chat/ah oui ?/Quel malheur !/Monsieur Machin n'est pas venu depuis longtemps/Il est mort/Comme le chat... Les pigeons chient, le facteur siffle. Tout est d'une violente normalité. Tout est net, à sa place. Les voisins me saluent quand je passe et je colle un sourire sur mon visage.
Dehors moi, il y a un Néant bien propre.
Dedans moi, il y a un monde où il pleut toujours. Les nuages s'alignent les uns après les autres, roulent, s'écrasent, crèvent. Dedans moi, il n'y a qu'un seul rosier, un rosier qui ne fleurit jamais. Dedans moi, il n'y a pas d'oiseaux, mais il y a des racines noires qui s'enfoncent profondément dans de l'humus noir. Dedans moi, il y a une tendresse universelle pour l'imparfait. Le boiteux, le blessé, l'inachevé, le couturé, le laid, le détruit, le poussiéreux, le vermoulu, l'oublié. Dedans moi, il y a une maison avec une seule pièce et un couloir. Les murs de la pièce, le plafond, le plancher, sont couverts de miroirs et je m'y reflète à l'infini, et selon les angles, je m'aime un peu ou je me déteste beaucoup. Dans le couloir, il y a du papier peint moisi, et sur ce papier peint, des centaines de cadres vides. Dedans moi il y a une grosse tique noire et grasse qui me dévore de l'intérieur. Dedans moi ça n'est ni joli ni gentil.
Dedans moi, il y a un Quelque Chose qui suinte un peu trop sur Dehors...
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12 juin 2008
Drink me, Eat me, Puke me
J'ai toujours faim. Même quand j'ai l'estomac plein, même quand la simple idée de manger me donne envie de vomir. J'ai juste cette Pulsion qui me tiraille. Il faut que j'avale quelque chose. N'importe quoi. Une pomme, du jambon, du chocolat, une boîte de maïs, le fond du mont-blanc format familial, des rillettes de thon, des cornichons, n'importe quoi. Il FAUT que je mange, au moindre stress, au moindre chagrin, dès que je m'ennuie. Je n'arrête pas de manger de la journée. Bouffe bouffe bouffe.
Je déteste mon corps. Je veux le gommer. Sous une couche de graisse. Que ce corps de femme devienne un gros corps de mère, tout en rondeurs pour pouvoir enlacer les autres. Un corps sans sexualité. Un tas de graisse flageolant, qu'on me foute la paix, qu'on arrête de me regarder, qu'on détourne le regard quand je passe. Je veux qu'on me haïsse. Je veux dégoûter, perturber, gêner, déranger, gerber mon existence à la face du monde.
Je déteste mon corps. Je le veux mince, imberbe, attirant, d'une blancheur de marbre huilé. Je veux qu'on me regarde et qu'on m'idolâtre. Pas qu'on me désire. Le désir me répugne. C'est sale. Les hommes et leurs bites ridicules, les femmes et leurs chattes suintantes. Il n'y a rien de plus grotesque que le désir humain. Rien de plus laid. Ça pue la sueur, le sang et le sexe, c'est poisseux et âcre, trop de douleur et pas assez de plaisir.
Je passe des heures sous la douche, dans la salle de bain.
Dans le miroir, je me regarde et je ne m'aime pas. Vilaine peau. Des boutons. La dermato dit que ça n'est pas de l'acné, que c'est génétique, que ça s'estompera avec l'âge et qu'il n'y a rien à faire en attendant. Joie. Gros nez. Yeux cernés. Bouche petite. Dents à l'émail génétiquement jaunâtre, lui aussi. La peau du cou qui pendouille juste un peu, l'air de me dire "regarde, tu vois, il n'y a qu'un pas jusqu'au double menton, qu'est-ce que tu attends ?". Mes seins trop lourds qui me font mal au dos. Mon ventre mou et blême comme un poisson mort. Mes cuisses épaisses. Le tout tacheté de grains de beauté, une tâche de naissance en forme de losange au niveau du genoux. Grains de beauté, mon cul. Graines de cancer, oui !
Dans la cuisine, comme aimantée vers le frigo. Je suis accroc au sucre. Une tablette de chocolat et pendant quelques instants, je me sens bien. Une brève montée de bonheur et d'énergie... Vite chassée par la culpabilité. Je vais encore grossir... Double dose, aussitôt. Repeindre ma vie couleur pâte d'amande. Je mange pour oublier que je mange.
Je ne veux plus de ça.
Je lutte un peu. J'ai une bouteille d'eau partout avec moi. Quand je sens la Pulsion, je bois une gorgée. Ça limite les dégâts. Même si parfois la pulsion est la plus forte. En dehors des repas, je bois près de quatre litres d'eau par jour. Au minimum. Et ma mère à côté. Qui me parle comme si c'était simple. "Marche, mange moins !" Elle ne connaît pas cette faim dévorante qui me pousse à bouffer ma propre vie. Qui fait qu'au bout de dix minutes de marche, j'ai besoin de rentrer à la maison et de manger un truc.
Ces derniers temps, je me dis que si la bouffe me donnait subitement des hallucinations, je ne serais pas surprise.
Découvrez Melissa Mars!

